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TROC RADIO L’accent afro-canadien
today08/08/2025
Dans le cadre de la Semaine du patrimoine à Calgary, la bibliothèque centrale a ouvert ses portes à un minifestival cinématographique inédit, mettant en lumière l’histoire souvent négligée des communautés noires dans l’Ouest canadien. L’événement, organisé par le Prairie Place-Ancestors Collective et le Swallow-a-Bicycle Theatre, en collaboration avec la bibliothèque publique de Calgary, a offert une plateforme pour découvrir des récits marquants liés à l’héritage noir canadien.

D. A. Dirks, chargée de cours à l’Université Mount Royal, souligne à quel point ces histoires demeurent peu connues parmi les Albertains. « J’ai été très embarrassée quand j’ai vu le documentaire de Cheryl sur Amber Valley… et je ne savais rien à ce sujet », confie-t-elle. Cette méconnaissance n’est pas une singularité isolée, mais plutôt un reflet d’un problème systémique. La réalité, comme le note Dirks, est que l’histoire des Noirs au Canada est largement sous-étudiée et n’est pratiquement pas enseignée dans les écoles K-12 de l’Alberta.
Au cœur de cette initiative se trouve le travail acharné de Cheryl Foggo, cinéaste, historienne et auteure, qui consacre sa carrière à la révélation de ces récits oubliés. Son documentaire « For Caesar » explore le voyage de Leander K. Lane à la recherche de l’héritage de son arrière-grand-père, Julius Caesar Lane. À travers ce film, Foggo met en lumière la migration des Noirs au Canada et la résilience des pionniers noirs, notamment au travers de la restauration de l’église et du cimetière baptistes de Shiloh, qui constituent l’un des rares témoins matériels de cette histoire dans les Prairies canadiennes.
« Nous avions des centaines de bâtiments à une certaine époque, mais il n’en reste plus que très peu », souligne Foggo, évoquant la fragilité de la mémoire historique dans cette région. Robert Cooper, infirmier à la retraite présent au festival, témoigne de son désir de mieux comprendre ses propres racines familiales liées à Amber Valley. Il se rappelle d’une tentative, il y a dix ans, d’intégrer l’histoire des Noirs dans les programmes scolaires, un effort qui n’a pas abouti. « Ils ne sont toujours pas prêts, je présume, à l’intégrer dans les écoles ! » déplore-t-il. Néanmoins, il souligne l’importance de transmettre cette connaissance à ses enfants : « J’apprends de plus en plus sur l’histoire de ma famille, le passé, comment ils ont réussi et d’où ils viennent. »
Pour Cheryl Foggo, l’art, qu’il s’agisse de cinéma, de théâtre ou de musique, est la meilleure voie pour toucher le cœur des gens et raviver ces histoires oubliées. « C’est un travail intensif en main-d’œuvre, souvent avec des pièces manquantes dans les archives, mais il doit être fait », conclut-elle.
Ce minifestival constitue un pas important vers la reconnaissance et l’affirmation des contributions des communautés noires au Canada, un legs qui mérite d’être exploré et célébré à sa juste valeur.
Écrit par: Danielle Adjagboni
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