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TROC RADIO L’accent afro-canadien
En Abitibi-Témiscamingue, une problématique grandissante concerne l’accès à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) pour les femmes immigrantes, particulièrement en contexte de grossesse. Selon des données recueillies par les services de santé publique et des organismes communautaires, un nombre croissant de ces femmes se retrouvent sans couverture officielle, ce qui complique considérablement leur suivi prénatal et leur accès aux soins.

Dans ce contexte, Stéphane Kendo, intervenant en intégration à La Mosaïque interculturelle à Rouyn-Noranda, témoigne avoir accompagné deux familles enceintes sans couverture RAMQ ces deux dernières années. Il raconte l’histoire d’une femme gabonaise en situation précaire, dont le conjoint, étudiant en doctorat, détenait un visa étudiant, tandis que la mère bénéficiait d’un permis de travail ouvert mais sans accès à l’assurance maladie. La femme, initialement sous assurance privée, a rapidement dû arrêter tout suivi médical en raison des coûts prohibitifs, la plupart des assurances privées ne couvrant pas la grossesse ou l’accouchement. « C’est une pression énorme pour ces femmes quand elles découvrent leur grossesse », confie Kendo.
Le problème des barrières à l’accès à la santé ne se limite pas à la région : la région de la Vallée-de-l’Or affiche la plus forte augmentation du nombre de femmes sans couverture RAMQ, avec une hausse significative du nombre de patientes nécessitant une aide spécifique pour leur grossesse. Brenda Trépanier, infirmière dans le secteur, indique recevoir presque une femme par semaine dans cette situation et souligne que le coût de l’interruption de grossesse peut atteindre 2250 $, un obstacle supplémentaire pour ces femmes qui ne peuvent pas accéder aux services publics.
Face à cette crise, la Fédération québécoise du planning des naissances (FQPN) a mis en place, depuis un an, un fonds d’aide financière destiné à couvrir ces frais, mais le financement reste insuffisant. Anne-Sophie Gignac, responsable du dossier, déplore le manque de subventions pour soutenir financièrement ces démarches, aggravant encore la détresse psychologique et financière des femmes concernées.
Stéphane Kendo insiste sur l’effet dévastateur du stress financier sur la santé des femmes enceintes. Il se remémore une femme qui, n’ayant pas pu couvrir ses soins, a fait une fausse couche, illustrant la gravité de la situation. « Le coût d’un accouchement peut facilement dépasser 10 000 $, ce qui met ces femmes dans des situations très difficiles, physiquement et psychologiquement », déplore-t-il.
Selon l’organisme Médecins du Monde, le coût d’un suivi de grossesse et d’un accouchement peut varier de 8 900 $ à 17 000 $, en fonction des complications. Pour pallier ces dépenses, certains praticiens du secteur privé, sollicités par Stéphane Kendo, proposent des consultations à prix réduits ou des ententes de paiement, mais le recours à ces options reste insuffisant face à l’ampleur du problème.
Face à cette réalité, les intervenants soulignent la nécessité d’un engagement accru pour garantir un accès équitable aux soins de santé, afin que ces femmes puissent vivre leur grossesse dans la dignité, sans que des barrières financières ne compromettent leur santé ou celle de leur enfant.
Écrit par: Danielle Adjagboni
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