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    TROC RADIO L’accent afro-canadien

Arts et Culture

Hommage : le Québec tel que perçu par Dany Laferrière

today07/11/2022

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Dans son ouvrage intitulé ‘‘Tout ce qu’on ne te dira pas’’, Dany Laferrière, le natif d’Haïti qui a trouvé refuge à Montréal au Canada en 1976 et aujourd’hui partagé entre la France et le Québec, évoque avec une particularité certaine des sujets tels l’exil et l’identité, dans une interview qu’il a accordé à la presse.

Dans votre ouvrage, vous écrivez : un matin, on est du pays…, à partir de quel moment vous vous êtes senti québécois ?

Après avoir passé 15 ans au Québec, je suis parti à Miami afin de pouvoir écrire mon Autobiographie américaine. Une œuvre qui m’habitait depuis mon arrivée à Montréal en 1976. L’été de 1990, à Miami, fut particulièrement chaud. Un jour, j’étais dans une voiture achetée de seconde main qui me donnait quelques tracas avec la portière et l’air conditionné. En fait, rien ne marchait. Il faisait plus de 40°. Et j’étais pris dans un embouteillage monstre. Je pensais mourir de chaleur.

Puis je me suis dit que la seule chose qui pourrait me sauver d’une telle situation, c’est d’être à Montréal en février par -30°. Et c’est là que j’ai eu la certitude d’être devenu Québécois. Je n’aurais jamais pensé en Haïti que la glace pouvait me sauver de la chaleur ! À ce moment-là, j’ai compris que la glace s’était infiltrée dans mes veines. J’étais devenu un homme du Nord.

« Ici, on parle de l’hiver comme on cause du vin en France, c’est-à-dire qu’on en parle sans cesse », peut-on lire dans l’ouvrage. Alors que vouliez-vous laisser entendre ? C’est normal que l’hiver tienne une aussi grande place parce que c’est long – six mois – et ça touche toutes les sphères de la société.

L’agriculture, pour qui la météo est fondamentale, car les récoltes peuvent être mises en danger d’un jour à l’autre, les sports (hockey, patinage, ski), le confort général, le chauffage qui coûte assez cher, les vêtements, car il faut s’habiller chaudement, les transports, mais aussi l’alimentation, qui est plus lourde en hiver. On doit bien s’alimenter sinon ça ne marche pas. Même l’amour ! C’est difficile de rencontrer des gens en hiver. Il est même conseillé de se faire une amie en été parce que tout le monde est déjà casé en hiver.

Entre hiver et été, le changement est radical, ce sont deux pays complètement différents. L’été, on a le Festival de Jazz et l’hiver, on entend des musiques plus politiquement engagées. La première acclimatation, c’est avec l’hiver. C’est lui qu’on doit convaincre. Si on ne l’aime pas, ça va être difficile. Mieux vaut faire semblant.

« Le Québec fait rêver les Français, mais vous les mettez en garde contre le fantasme de la simplicité des Québécois ». Attention, dites-vous, à ne pas les réduire à cela, car « ici, on encaisse sans rien dire et un matin, on te présente la facture »… qu’entendez-vous par là ?

Oui… Je le dis toujours, toutes les sociétés humaines sont complexes. Avec une vie extérieure et une vie intérieure. Des choses qu’il faut dire et ne pas dire. Une société, c’est d’abord un ensemble, cela demande de la patience pour en avoir une idée complète. On a aussi nos défauts, qui sont différents de la France, et c’est ça aussi une société. Quand on débarque dans un pays, on a tendance à juger les autres sur un détail qui ne nous fait pas plaisir sans penser qu’au même moment, l’autre repère le même détail chez nous, comme en miroir. Mais, si on aime, on cherche à comprendre l’autre et dès qu’on le comprend, notre regard sur lui change.

« Malgré mes 40 ans, ici, j’ai encore de la difficulté à décoder certains comportements », écrivez-vous. Lesquels, par exemple ?

Ce serait bien de prendre de l’autre ce qu’il a à offrir de bon. Comme ce rituel qu’on a au Québec de contribuer à une fête en plat, ce qui allège les dépenses de l’hôtesse. On va jusqu’à aider à faire la vaisselle : ce qui aurait pris des heures se fait alors en quelques minutes !

Voilà une coutume qu’un pays en grande difficulté économique comme Haïti aurait intérêt à imiter. Par contre, Haïti pourrait aider sur un point précis : cette capacité qu’il a de fermer les yeux parfois sur une faute de l’autre, en tenant compte bien sûr de ses autres qualités. Le Québec me paraît plus sévère sur ce point.

Vous dites avec un brin de provocation : « Si on n’existait pas, l’anglais serait la langue officielle de la France depuis une bonne décennie. » Les Québécois sont-ils les meilleurs défenseurs de la francophonie ?

De la langue française dans la francophonie, plutôt. Les Québécois ont en face d’eux l’adversaire universel : le Canada anglais et les États-Unis. Au Canada anglais, sept émissions sur dix proviennent des États-Unis alors qu’au Québec, sept émissions sur dix sont « locales ». C’est normal que les Québécois défendent avec plus d’ardeur leur identité qui est en danger.

On divise la culture entre le Canada et le Québec, mais il y a une réalité qui est l’appartenance aux grandes villes, Dany Laferrière, vous vous sentez Québécois avant d’être Canadien, dites-vous… ?

On divise la culture entre le Canada et le Québec, mais il y a une réalité qui est l’appartenance aux grandes villes. Moi, je suis Montréalais. Quand je parcours le Québec, j’ai l’impression d’être en voyage ! J’aime bien Vancouver parce qu’il pleut beaucoup. Tout est vert. Une belle verdure. Ça aurait pu être une sorte de New York du Canada, avec un cachet particulier. Mais Montréal, c’est ma ville, la première ville que j’ai visitée. Et celle dans laquelle j’ai passé le plus de temps dans ma vie.

Selon vous, qu’est-ce qui fait, le charme de Montréal ?

La lumière. On parle de l’hiver, mais on est sauvé par la lumière, une lumière magique, bleutée. Parfois, on est derrière la vitre dans le confort de notre maison avec l’impression que c’est l’été alors que la neige est au sol. C’est comme une invitation à sortir. J’aime l’architecture des maisons, les escaliers en colimaçon qui ressemblent à des portées musicales selon John Cage. J’aime les gens. J’aime l’idée de quatre-saisons bien tranchées. Il y a un mouvement harmonieux dans la ville entre le plein et le vide que j’aime. Et surtout, j’aime le dynamisme de Montréal.

 

Raphael Mforlem, Troc Radio Canada

Written by: Raphael Nforlem


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