Troc radio en direct
play_arrow
TROC RADIO L’accent afro-canadien
today06/11/2025
Le Nouveau Parti démocratique (NPD) du Manitoba souhaite faire de la province un territoire « véritablement bilingue ». Une idée porteuse d’espoir pour la communauté francophone, mais dont la mise en œuvre soulève encore de nombreuses questions.

Le gouvernement manitobain, dirigé par le premier ministre, envisage d’inscrire le bilinguisme dans la loi. Mais, sur le terrain, les avis divergent. Certains estiment que la législation actuelle suffit, et qu’il faudrait plutôt améliorer la qualité et la disponibilité des services déjà offerts en français.
Pour Raïssa Bado, une Franco-Manitobaine originaire de Côte d’Ivoire installée à Winnipeg depuis 2009, l’accès aux services en français demeure un parcours semé d’embûches.
« J’aimerais vivre dans un environnement où les deux langues officielles du Canada sont réellement valorisées », explique-t-elle. « Accéder à des soins de santé, à une assurance automobile ou à des services de garde en français reste souvent long et compliqué, parfois même impossible sans rendez-vous. »
Cette situation oblige bien des francophones à choisir entre patience et pragmatisme : attendre un service en français ou accepter un service en anglais, au risque de frustrations et de malentendus.
« Ce n’est pas qu’une langue. C’est toute une histoire, toute une culture », rappelle Bado. « Nous voulons simplement qu’elle continue de faire partie intégrante du Canada. »
Au Canada, seul le Nouveau-Brunswick est officiellement bilingue. Là-bas, toutes les institutions publiques – des agences gouvernementales aux forces de l’ordre – doivent offrir leurs services dans les deux langues officielles.
« Les tribunaux ont réaffirmé à maintes reprises que les droits linguistiques sont de véritables droits, assortis de recours lorsqu’ils sont bafoués », explique Dominic Caron, avocat à Fredericton spécialisé dans les droits linguistiques.
Au Manitoba, l’Assemblée législative et les tribunaux fonctionnent déjà en anglais et en français. Cependant, les services gouvernementaux bilingues demeurent limités à certaines zones désignées où la population francophone est plus nombreuse, comme le prévoit la Loi sur les centres de services bilingues.
Raymond M. Hébert, professeur émérite, rappelle que le Manitoba n’a jamais été officiellement reconnu comme province bilingue. Selon lui, la désignation n’est pas indispensable si les lois existantes sont pleinement appliquées.
Mais, il met en garde : « Si la province choisit d’aller vers une reconnaissance officielle, elle devra tirer les leçons du passé. »
Dans les années 1980, une tentative d’élargir les droits linguistiques avait provoqué de vives tensions. Des manifestations avaient éclaté et les bureaux de la Société francophone du Manitoba avaient été incendiés.
Le ministre Simard admet que la province doit recruter davantage de personnel bilingue et mieux promouvoir les possibilités de carrières bilingues au sein du gouvernement. Des consultations publiques sont en cours, et un rapport est attendu pour mars prochain.
« Le chemin vers un Manitoba bilingue commence par la façon dont les services sont réellement offerts », affirme Simard. « L’objectif, c’est que chaque personne puisse vivre, travailler et s’intégrer dans la langue officielle de son choix. »
Pour Raïssa Bado et bien d’autres, ce rêve d’un Manitoba bilingue n’est pas qu’une question de politique :
« C’est une question de respect et de reconnaissance de notre identité. »
Écrit par: Danielle Adjagboni
Copyright Troc Radio 2016
Commentaires d’articles (0)