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TROC RADIO L’accent afro-canadien
Le cœur de Paris, ancien bastion de la puissance coloniale française, s’apprête à accueillir un événement qui interroge profondément les rapports historiques entre le Cameroun et ses anciens colonisateurs. C’est ici, sur ces terres d’exil, que Maurice Kamto, leader du principal parti d’opposition camerounais, a pu obtenir l’autorisation d’organiser son meeting. Cette situation, loin d’être anecdotique, soulève des questions cruciales sur la lutte pour la liberté au Cameroun.

L’histoire du Cameroun est marquée par un long combat pour l’émancipation, souvent mené depuis l’étranger. Les nationalistes camerounais, comme les membres de l’Union des populations du Cameroun (UPC), pourchassés par l’administration coloniale française, ont trouvé refuge à Paris. Des familles de figures emblématiques du nationalisme, assassinées pour leur engagement politique, ont également cherché asile en France. Loin de leur terre natale, ces exilés pouvaient continuer à mener le combat pour leur pays, s’exprimer, écrire et exister dans le débat politique, là où le régime en place les avait réduits au silence.
L’échec du président Paul Biya à offrir un espace démocratique pour l’opposition a contraint ces dissidents à chercher des tribunes à l’étranger, transformant ainsi Paris en scène de leur contestation. Les souvenirs d’une tentative de retour au pays en 1984-1985, où des militants de l’UPC furent arrêtés, rappellent la fragilité du droit à la parole au Cameroun, où le pouvoir en place, héritier d’une indépendance confisquée, manifeste un mépris profond pour tous ceux qui représentent une autre vision du pays.

Ce paradoxe de l’opposition camerounaise, contrainte à l’exil pour exister, met en lumière les vraies faiblesses du régime actuel. Biya, qui avait promis démocratie et prospérité en 1983, se retrouve aujourd’hui confronté à l’échec de ses promesses. La France, impliquée dans ce jeu complexe, agit parfois comme un refuge pour une opposition qu’elle n’a pas toujours soutenue dans son pays d’origine.
Ce meeting à Paris ne relève pas seulement d’un simple événement politique, mais souligne une vérité amère : le colonisé camerounais, aujourd’hui indépendant, voit en son ancien colonisateur l’unique garant de sa liberté d’expression. Ce constat, particulièrement douloureux, interpelle la responsabilité de la France contemporaine dans ses rapports avec le Cameroun.
L’histoire, semble-t-il, bégaie, laissant un goût amer à ceux qui aspirent à une véritable démocratie. Alors que le pays lutte pour la liberté, il est essentiel de méditer sur ces questions pour bâtir un avenir de paix et de justice au Cameroun.
Auteur : Venant Mboua
Écrit par: Danielle Adjagboni
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