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Santé. Alexandra Bastiany. Une pionnière qui a la diversité à cœur

today04/05/2022 5

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À 33 ans, la Montréalaise est devenue en juillet 2021 la première cardiologue d’intervention afro-descendante du pays. Discussion avec une femme de tête et (surtout) de cœur sur sa quête d’inclusion et de diversité au sein du corps médical.

Ses patients la surnomment la « médecin qui chante », toujours à fredonner un air de Cher ou encore de sa préférée, Tina Turner. Ses pairs la connaissent comme une pionnière qui a brisé un plafond de verre, celui de la première femme noire à conclure sa formation de cardiologue d’intervention au Canada.

La Dre Alexandra Bastiany est quelque part entre les deux : une cardiologue passionnée par son travail – jusqu’à en faire son terrain de jeu – et une militante engagée dans la lutte pour un corps médical diversifié.

« Il n’y a personne qui va changer le monde du jour au lendemain, moi la première. Mais je me vois comme une brique à l’édifice », confie la Dre Bastiany de l’autre côté de l’écran. La Presse l’a jointe par visioconférence à sa résidence ontarienne, près du Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay, où elle pratique.

En septembre dernier, la mort de Joyce Echaquan à l’Hôpital de Joliette dans des circonstances troublantes a jeté la lumière sur le racisme systémique dans l’accès aux soins de santé. Mais pour la Dre Bastiany, ce n’était rien de nouveau. Des cas comme celui de Joyce, elle en a été témoin à de nombreuses reprises. Et elle n’a même pas un an de pratique.

« Quand j’ai entendu l’histoire de Joyce, j’étais choquée, mais malheureusement pas surprise. Ce sont des propos que j’avais déjà entendus. Des choses que j’avais déjà vues. En même temps, j’étais soulagée que l’histoire fasse la une et qu’elle soit prise au sérieux. Je me disais : “Enfin, on met la lumière sur une situation problématique qui dure depuis des années” », explique la cardiologue.

Un exemple ? Récemment, elle a dû expliquer à des collègues qu’une patiente issue de la diversité « ne se parlait pas à elle-même » et qu’elle « n’était pas folle » : elle priait.

Ce n’est pas de dire nécessairement que les patients noirs devraient être traités par des médecins noirs, mais qu’un corps médical diversifié apporte une meilleure compréhension globale des traditions et pratiques.
La Dre Alexandra Bastiany

Et les patients sont aussi plus réceptifs à un personnel qui leur ressemble. Lorsque la Dre Bastiany s’est adressée à une patiente haïtienne en créole, encore récemment, cette dernière s’est mise à pleurer. « Tout d’un coup, son regard s’est illuminé. J’ai eu l’impression qu’elle se sentait enfin vue, considérée. »

Redonner à sa communauté

Sur les bancs de l’Université de Montréal, la jeune femme pouvait compter les étudiants noirs sur les doigts d’une main. Même chose pour ses professeurs.

« J’étais entourée de gens qui ne me ressemblaient pas. Je me suis dit : “You know what ? Je vais me mettre au service de ma communauté. Je vais lui donner le meilleur de moi-même.” »

Ce qu’elle a fait. Pendant ses études, elle a trouvé le temps de s’impliquer à la Maison d’Haïti, un centre communautaire au cœur du quartier qui l’a vue grandir, Saint-Michel. Elle y a sensibilisé les nouveaux arrivants à certains troubles médicaux comme la haute tension et le diabète, les a épaulés dans leurs démarches pour prendre rendez-vous avec un médecin. Aujourd’hui, elle fait partie du Comité pour l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) de la Société canadienne de cardiologie.

Les années d’études, les heures de travail acharné, ça n’a jamais été pour décrocher un titre – les fleurs, peu pour elle.

Pour moi, la réussite, c’est d’être devenue cardiologue d’intervention. Le fait d’être la première femme noire, c’est un plus pour ma communauté. Je suis fière de pouvoir montrer aux jeunes qui me ressemblent que c’est possible.
La Dre Alexandra Bastiany

Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Les données sur la diversité au sein du corps médical au Canada sont quasi inexistantes ; c’est le prochain mandat du Comité EDI. Il faut aussi s’assurer d’une meilleure représentation des personnes issues de la diversité aux postes de direction, de mettre en place des mesures pour encourager les étudiants noirs à s’inscrire en médecine et, surtout, de sensibiliser la population, énumère la Dre Bastiany.

Ce sera l’engagement d’une vie, probablement. À court terme, elle aura toujours ses patients – et Tina Turner – pour rythmer ses journées de travail. C’est tout ce qu’il lui faut.

Au fait, pourquoi la cardiologie d’intervention ? « Parce que j’adore le cœur. C’est un organe qui, dans toute sa complexité, est aussi très simple. Il a un système électrique, un système de plombage… Comme une maison. »

LÉA CARRIER
LA PRESSE

Written by: La Rédaction

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