Me Michèle Ndoki : «Le MRC a contribué de manière significative à l’éveil des consciences. Maintenant, il faut aller plus loin.»


25 juin 2020

Michèle Ndoki : «Le MRC a contribué de manière significative à l’éveil des consciences. Maintenant, il faut aller plus loin.»

Dans une entrevue accordée à Troc Radio, la radio africaine au Canada, l’avocate Michèle Ndoki s’est exprimée en long et en large sur divers sujets d’actualité. Interrogée par Collins Nziemi, elle a répondu à toutes les questions de l’animateur sans langue de bois et sans faux-fuyant.

Tout au long de l’entrevue, la militante  et cadre du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) a donné son avis sur plusieurs sujets brûlants, y compris l’avenir de son parti. «Le MRC est à la croisée des chemins», a-t-elle dit. «En très peu de temps, il a fait un travail extraordinaire. (…) Il a contribué de manière significative à l’éveil des consciences. Maintenant, il faut aller plus loin. Le MRC doit aujourd’hui réinventer une manière constructive d’influencer le devenir de la nation.»

Lorsque Collins Nziemi a remis en question les tactiques récentes du MRC qui ont surtout consisté à pratiquer «la politique de la chaise vide» en décidant de boycotter le Grand dialogue national et les élections législatives, Me Ndoki a confié que ces décisions n’ont pas fait l’unanimité au sein du parti. «Beaucoup d’entre nous avons été surpris par la décision qui a été prise de ne pas participer à ces échéances», a-t-elle dit. «La participation [aux élections législatives] est tombée significativement et nous avons entendu le vote de confiance qui nous a été accordé par nos compatriotes. Nous avons marqué le coup. Maintenant, il faut aller de l’avant. Nous avons de graves problèmes à régler.»

logo troc.jfif (14 KB)Quand vint le temps d’identifier les chantiers prioritaires, ses propos ont été sans équivoque. «Nous avons des problèmes graves et nous avons besoin de les attaquer sérieusement», a-t-elle dit. «La priorité est d’œuvrer à la résolution de la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Ça passe par un certain nombre de choses : il faut accentuer le plaidoyer et la réclamation d’un cessez-le-feu, et il faut libérer les centaines de personnes qui ont été arrêtées dans le cadre de cette crise.» 

Lorsqu’elle parle du la crise du NOSO, Michèle Ndoki ne mâche pas ses mots. « [Ce] conflit armé détruit notre pays et cette question a disparu des radars», déplore-t-elle. «C’est une autre guerre silencieuse qui se déroule sous nos yeux, et nous devons arrêter ça.»

Selon Me Ndoki, Paul Biya, le président de la république du Cameroun, est le principal responsable de ce drame. «C’est le chef de l’état qui permet ça», a-t-elle dit. «Ce gouvernement nous a mis dans une situation dramatique. Cela doit être dit sans ambages.» Me Ndoki estime le Chef de l’état doit présenter des excuses à ses concitoyens. «Le président de la république, c’est l’employé du peuple camerounais, et pas l’inverse», a-t-elle affirmé.

Bien qu’elle soit très critique envers le chef de l’état camerounais, Me Ndoki recommande également à son parti, le MRC, de changer d’attitude. Étant donné que le gouvernement actuel entraîne la société camerounaise dans la spirale de la violence, elle estime que le MRC doit se «remettre en question» et «changer son approche». «Il faut tendre la main, créer un espace de conversation», dit-elle. «Il faut continuer à mettre la pression [sur le gouvernement] pour que le dialogue soit mis en place.»

Michèle Ndoki insiste qu’il faut revenir à la paix pour construire la nation camerounaise. Alors qu’on s’attendait à un discours incendiaire, on a plutôt vu une femme conciliante, prête à se réconcilier avec ses bourreaux. «La posture actuelle du gouvernement fait craindre une généralisation du conflit armé», a –t-elle dit. «S’il faut négocier avec cette dictature, c’est ce que nous ferons.» Me Ndoki estime que «la vie humaine est sacrée et elle doit être préservée.» «Nous ne transigerons pas sur le retour à la paix», a-t-elle dit. «C’est la seule chose sur laquelle nous ne transigerons pas.»

À travers l’interview, Michèle Ndoki a envoyé l’image d’une femme forte qui compatit avec la douleur du peuple camerounais et qui est prête à tout sacrifier pour que la paix règne dans son pays. Lorsque l’animateur Collins Nziemi lui a dit qu’elle a «mis de l’eau dans son vin», Me Ndoki a expliqué que l’Afrique du Sud a pu tourner la page de l’apartheid grâce à la réconciliation entre Frederik de Klerk et Nelson Mandela. «Nelson Mandela n’a pas toujours parlé de la même manière», a-t-elle dit. «En tant que leader, je dois garder l’esprit ouvert afin de préserver la paix et l’harmonie. Cela doit influencer toutes mes prises de position.» Toutefois, Me Ndoki a tenu à préciser que vouloir dialoguer avec le chef d’état ne signifie pas «renoncer à ses convictions».

Coronavirus

Lorsqu’elle a abordé le sujet du coronavirus, Me Ndoki a d’abord tenu à saluer les efforts  du ministre de la santé actuel, le Dr. Manaouda Malachie. Elle a ensuite déploré le fait que certains acteurs politiques «essaient de marquer des points, alors que de nombreuses familles vivent un drame». «En tant qu’acteurs politiques, nous devons profondément nous remettre en question», a-t-elle dit. «Le virus ne discrimine pas donc nous devons unir nos forces pour répondre de la manière la plus efficace possible.»

La situation étant dramatique, elle estime qu’il faut «unir les efforts pour lutter contre un mal commun» et éviter toute récupération politique. «Il ne s’agit pas de marquer des points», a-t-elle dit. «Il faut sortir de cet esprit de compétition et aller vers un esprit d’émulation et de collaboration pour régler les problématiques communes.»

Elle a également rappelé que l’essence des partis politiques, ce n’est pas de s’affronter. «L’essence des partis politiques, c’est de contribuer à la construction de la nation», a-t-elle dit. «Parfois, cela se fait dans la confrontation des idées, parfois cela se fait dans la collaboration.»

«Je suis engagée dans un combat pour la survie des Camerounais»

La crise post-électorale a été une période traumatisante pour cette avocate qui s’est faite connaître lors de son apparition devant le conseil constitutionnel en 2018. «Se faire poursuivre dans la rue par un policier et se faire tirer dessus à plusieurs reprises, ça bouleverse une vie», a-t-elle dit. Bien qu’elle ait traversé des épreuves extrêmement difficiles au cours des deux dernières années, Me Ndoki refuse de décourager car elle est «engagée dans un combat pour la survie des Camerounais».

Par Hopiho | Troc RadioVision Canada

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L'auteur de l'Article,
Hopiho est né au Cameroun, a grandi au Kenya et en France, et vit désormais au Canada.  Sa passion pour l’écriture est indéfectible: lorsqu’il n’est pas en train d’écrire des chansons de rap, il rédige des articles sur son blog personnel :
www.unlionparmileshommes.com.

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