CAN 2017 : à Douala, la nuit sans fin des supporters des Lions indomptables du Cameroun

07 février 2017 - 421 vues

« L’Egypte dans la sauce. Les Pharaons dans la sauce… Allez les Lions. On a gagné ! » Le T-shirt déchiré sous le ventre, les pieds nus et le jean remonté, Yves Moutoum, sifflet aux lèvres, court en chantant de toutes ses forces. Derrière lui, un groupe de jeunes hommes et femmes, couvercles de marmites entre les mains et sifflets aux couleurs vert-rouge-jaune dans la bouche, le suivent en entonnant le même refrain.

Transpirant à grosses gouttes, ils vont et viennent au carrefour Entrée billes, à l’entrée Est de Douala, en pleine chaussée, sans se soucier des taxis, motos et camions qui roulent en klaxonnant.

Après quinze ans de calme, les rues de la capitale économique du Cameroun renouent à nouveau avec les cris de joie d’après victoire des Lions indomptables. Ce soir du dimanche 5 février, l’arbitre vient de siffler la fin de la 31e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN),, le Cameroun est sacré, pour la 5e fois de son histoire, champion d’Afrique. « Je vis l’histoire. Nous sommes entrés dans l’histoire. Le Cameroun est à nouveau indomptable, jubile Alain à coups de poing sur la capote d’une vieille voiture abandonnée, autocollants aux couleurs nationales sur le front et les deux joues. Je n’y croyais vraiment pas, personne n’y croyait, je vous assure. Là, je suis en joie ! »

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Au début de cette CAN gabonaise, le désamour entre les Lions et leurs supporters semblait consommé. Pierre, retraité, nostalgique de « l’époque de Roger Milla », avait même refusé l’invitation de son fils installé au Gabon pour suivre les matchs. « Je lui ai dit que je ne pouvais pas me rendre à Libreville et voir le Cameroun déchu, regrette-t-il. J’avais trop peur, je ne pouvais même pas miser un franc sur leur victoire. »

Malgré une première mi-temps où les Lions ont été menés un but à zéro par l’Egypte, Pierre n’a pas bougé de son siège, convaincu « au fond de lui d’une victoire ». La deuxième période a vu l’égalisation de Nkoulou et le but « sauveur » de Vincent Aboubakar. Pierre s’est levé et s’est mis à courir : il a offert six bouteilles de bière à ses « vieux » amis.

« Je peux mourir en paix. On a gagné ! »

A quelques pintes des bières de Pierre, devant le bar Médailles d’or où les serveurs ont quitté leur poste pour danser, siffler et chanter, une femme crie et chante : « Je peux mourir en paix ! » Partout autour d’elle, les passants lui répondent au son des cris et sifflets, omniprésents cette nuit. « Kaba » continue de crier : « On a gagné ! ». Sur la route, les motos transportant jusqu’à cinq personnes, défilent, moteurs pétaradants.

Autour de 23 heures, la coupure d’électricité s’accompagne de cris de protestation. Mais les rues continuent de vibrer, malgré les débordements : deux motos roulant à vive allure, trébuchent. Deux occupants saignent abondamment. N’empêche ! Les autres continuent la fête, tard dans la nuit.

Il est 1 heure du matin. Des coups de sifflets et des chants raisonnent dans le noir : « L’Egypte dans la sauce. Le Sénégal dans la sauce. Le Ghana dans la sauce. Le Cameroun est champion ! » Personne n’a dompté les Lions. Ils sont bien les rois de l’Afrique.


Source : Josiane Kouagheu (Le Monde Afrique - Douala)